UNE HISTOIRE DE CLAIRON (Allo18 le mag)

LE CESSEZ-LE FEU DU 9 NOVEMBRE 1918

photo-clairon

Georges LABROCHE voit le jour le 22 avril 1896 à Chaligny, ville située à proximité de Nancy. A 20 ans, il est incorporé en 1916. Du 10 août 1916 à juin 1917, il appartient au 2e BCP puis de juin 1917 au 26 août 1919 au 19e BCP.

En 1918, le clairon LABROCHE est de la 1ere compagnie du 19e bataillon de chasseurs à pieds, jumelé avec le 171ebataillon d’infanterie. Ces deux unités sont inscrites dans la 166e division d’infanterie commandée par le général CABAUD.

Georges-Labroche

Le cessez le feu du 9 novembre 1918

Dans la nuit du 8 au 9 novembre les allemands reculent ce qui fait le 9 au matin le 19e BCP se trouve à Wignehies puis à Fourmies vers 11 heures. La population accueille avec une grande joie ses libérateurs. Les familles sortent des caves ou elles s’étaient cachées. Le soldat LABROCHE est pris par le bras par une dame et l’emmène alors prendre un café, ou plutôt une décoction de fèves grillées, boisson chaude grandement apprécié par le soldat, pouvant ainsi se réchauffer.

Les plénipotentiaires Allemands encore bloqués dans les lignes françaises, arrivent eux aussi à Fourmies à 14 heures. Le maréchal FOCH a ordonné que le passage se fasse coûte que coûte aujourd’hui.

Les officiers Français et Allemands cherchent quel chemin emprunter afin de rallier les lignes ennemies. Après de multiples échanges en regardant la carte et écoutant les rapports, il est alors décidé que le seul chemin possible est de passer par Ohain afin de rallier Trélon. Ce trajet représente 12 kilomètres.

C’est alors que le sergent-fourrier LHOMME cherche le seul clairon présent : LABROCHE.

Il m’enguela parce que précisent, il me cherchait depuis un quart d’heure. 

Je me suis fait enguirlander par notre capitaine, et ma foi, je suis monté dans l’auto à coté du chauffeur boche, sans savoir exactement où j’allais. J’ai laissé mon sac, mon fusil sur le trottoir, on m’a collé un drapeau blanc dans la main (son clairon dans une autre main afin de sonner sans arrêt le cessez le feu) et pendant que les officiers d’état-major Français s’installaient avec les fritz, nous sommes partis 

Anecdote que relève par la suite le clairon LABROCHE, c’est la première fois qu’il monte dans une voiture de luxe.

Les officiers derrière LABROCHE sont les capitaines Le LAY et HELLDORF. Il n’apprend l’identité du capitaine français que bien plus tard à la fin des années 1930.

Le cortège se compose d’une première voiture allemande qui doit se rendre jusqu’à Spa et d’une seconde française afin de retourner vers Fourmies une fois la mission faite.

Du fait des dégâts sur la route – un train de munition allemand a sauté en gare de Fourmies faisant volé en éclat les vitres des alentours – et des tirs, les voitures roulent très lentement, mais parviennent à prendre la route direction Trelon.

A la sortie de Fourmies, alors que j’exécutais les sonneries et que avançions lentement un soldat Allemand courait à notre rencontre. C’était un nommé TREUILLAUD de Château-Salins, originaire par conséquent de la Lorraine annexée, qui venait nous prévenir que les ponts allaient sauter. Nous l’avons gardé huit jours à la compagnie, habillé en chasseur et il est retourné directement chez lui, bien avant nous le veinard. Ce qui signifie cette « recrue » est le premier soldat démobilisé de l’armée impériale.

En dépit des multiples embûches, les voitures avancent péniblement. Sur le chemin, les civils Français voyant Georges LABROCHE dans la première voiture laissent éclater leur joie, mais pour une courte durée car ils aperçoivent tout aussi vite les uniformes allemands.

Après maintes péripéties, nous atteignons Ohain puis Trélon. Nous avons dépassé nos premières lignes, mais nous ignorons à combien nous sommes de celles des Allemands. La contrée est propice aux embuscades, les haies y sont nombreuses. Étant devant avec le chauffeur allemand, je suis aux premières loges en cas de coup dur. Mes “coups de langue” redoublent.

En même temps que se poursuit le périple, un motocycliste français est envoyé à leur recherche afin de retrouver von HELLDORF, de le ramener au terrain d’aviation de Cupilly et de le faire monter dans un avion. Il ne retrouve pas les voitures.

Bref, nous avançons de plus en plus sur la route Trélon-Macon (Belgique). Nous dépassons un carrefour à 1 500 mètres au sud de Wallers-Trélon, ayant sur notre droite un poteau indiquant la frontière belge à moins de 500 mètres. Cent mètres après, nous stoppons. La route est coupée par une tranchée volontairement faite. Nous inspectons les lieux – le temps de nous repérer – quand un cycliste allemand apparaît au haut d’une crête et dévale vers nous.”

Le capitaine von HELLDORF échange quelques minutes avec cette estafette et décide alors de prendre un autre chemin. Peu après, les voitures arrivent à un avant poste allemand ou un

jeune officier allemand du nom de Hermann KIMMEL, arrête les parlementaires et les met en joue sous la menace de son revolver, tandis que son unité tire à la mitrailleuse sur des avions français qui survolent l’endroit. HELLDORF se fait alors connaître et ordonne aux soldats de baisser leurs armes.

En 1939, Monsieur KIMMEL a connaissance des articles de journaux relatifs à Monsieur LABROCHE et confirme sa version des faits, avec quelques nuances : je n’ai pas par exemple, à l’arrivée de l’auto, menacé ses occupants de mon revolver, mais il est fort possible que von HELLDORF m’ait demandé de ne pas arrêter l’auto. J’avais dans ma compagnie un assez grand nombre de jeunes recrues et une bêtise pouvait vite arriver

Après avoir pris position sur le marchepied de la voiture, tout en gardant la main à coté de son étui revolver, l’officier allemand poursuit la route avec les plénipotentiaires. Les voitures peuvent alors reprendre la route direction Wallers-Trelon alors détenu par un bataillon allemand. Ils arrivent à destination vers 14h20.

L’entrée du site est défendue par une mitrailleuse mise en batterie. La sentinelle, d’un régiment de uhlan se présente et salue de sa lance les officiers.

Une compagnie du 107e régiment d’infanterie saxon est prévenue et rend ensuite les honneurs à la délégation.

Ironie de l’histoire, en septembre 1940, une voiture allemande avec à son bord un officier et son chauffeur s’arrête devant la maison de monsieur LABROCHE. La personne qui en descend est Hermann KIMMEL. Ces deux témoins de la journée du 9 novembre sont par la suite restés en contact, jusqu’au décès du docteur KIMMEL dans les années 50.

Alors que les deux officiers plénipotentiaires ont rejoint un groupe de 8 officiers, Georges LABROCHE reste seul mais pour peu de temps.

“Deux cents boches sortent d’une grange, entourent l’auto et tout joyeux me parlent. J’entends “Krieg fertig, Krieg fertig”. Je ne sais pas ce que ça signifie. Je leur réponds par l’unique mot d’allemand que je connaisse : “ja, ja”. On m’apprit plus tard que ça se traduisait par “guerre finie”. Si ça avait été autre chose, c’eût été le même tabac. Ce qui m’a fait le plus plaisir, c’est que là où nous étions arrêtés, une femme est venue m’offrir une tasse de café bien chaud et un bouquet de dahlias avec des faveurs tricolores et ça, devant tous les fritz. Et eux m’ont donné des cigares. J’en avais plein mes cartouchières. 

Monsieur KIMMEL précise qu’effectivement des soldats sont bien sortis des granges, mais qu’il s’agit tout au plus de 50 à 60 personnes.

Que sont devenues par la suite ces faveurs tricolores ? Monsieur LABROCHE les envoya le 11 novembre 1918 à sa fiancée dans une lettre où il lui raconte son périple. A l’époque, la future Madame LABROCHE travaille chez un photographe et personne n’est informé de ses fiançailles. Elle a caché ces souvenirs entre deux négatifs, les oublia quelques temps. Son employeur sans la prévenir a vendu ces négatifs à ces clients de Strasbourg et les faveurs ont ainsi disparu.

Après cet arrêt d’une heure trente, la voiture de Von HELLDORF se dirige vers SPA et celle du capitaine LE LAY rejoint les lignes françaises.

On repasse les lignes allemandes sans un coup de fusil, je sonne toujours de mon clairon. Ce serait trop bête de recevoir une balle française.

Sur le chemin du retour, ils sont arrêtés par une patrouille du 2e chasseur d’Afrique qui n’a pas conscience d’être à un kilomètre des lignes allemandes.

Quand les soldats français retrouvent des civils à Trélon, la population est en liesse et leur offre un verre de porto, d’une bouteille qui a échappé aux 4 ans de guerre.

A leur arrivée à Fourmies les français ont compris que la mission est un succès. Les soldats se précipitent sur Georges LABROCHE afin de le remercier et d’avoir un morceau de ce drapeau blanc. Notre héro arrive péniblement à en conserver un morceau grand comme la paume d’une main.

Aucune distinction honorifique ne sera donnée à ce soldat pour ses actes lors de cette journée.

Le commandant DUCORNEZ lui dit tout simplement : Mais, mon petit, tu n’as été qu’en mission ! Estime-toi heureux de t’en être tiré à si bon compte.

En revanche, le capitaine LE LAY a bien conscience de l’importance de cette journée : Mon petit chasseur, es tu content ? Tu es le seul de l’armée française à avoir eu cet honneur-là.

Monsieur LABROCHE attend l’année 1938 afin de recevoir un papier certifiant sa participation à cette journée historique, grâce à sa rencontre avec le journaliste.

Le chef de bataillon LE LAY qualifie ainsi le clairon LABROCHE : un brave chasseur de la classe 16. Je n’ai jamais vu un poilu savourant avec plus de délectation la vie, lorsque dans la voiture qui nous ramenait, il tirait à bouffées puissantes sur l’un de ces cigares que les Allemands lui avaient offerts.

Lui-même possède une seule reconnaissance de cette journée, une attestation signée du capitaine Von HELLDORF : Le capitaine LE LAY m’a reconduit dans le lignes allemands le 9 novembre 18, à 14h20.

Il entend réparer cette erreur envers l’ancien poilu et fournit le document suivant :

Le capitaine Marcel LE LAY, de l’état-major de la 166e D.I. (3e bureau), certifie que le clairon LABROCHE Georges, de la 1ere compagnie du 19e B.C.P. dans la matinée du 9 novembre 1918, a pris place, à Fourmies (Nord), dans la voiture du G.Q.G. allemand, conduisant le capitaine Von HELLDORF, chargé de porter à SPA les conditions de l’armistice.

Sous la protection du clairon LABROCHE, sonnant à intervalles réguliers, les voitures ont pu atteindre après beaucoup de difficultés, en traversant l’interligne, le hameau de Wallers-Trélon (près de la route de Chimay), ou se trouvait, un bataillon allemand vers 15H.

Le capitaine allemand Von HELLDORF continua sa route dans les lignes allemandes.

La voiture qui suivait ramena alors le clairon LABROCHE à Fourmies, malgré de nouvelles difficultés rencontrées le 9 novembre1918 (carrefours et pont sautés)

Ses émotions passées, le clairon apprend que son unité est à Pont-Baudet, soit à 1 km au sud de Ohain. Il doit donc faire demi tour ! Il récupère son barda, son fusil et finit la guerre à Bruxelles.

De nombreux souvenirs de ces journées sont encore dans des collections privées.

Les descendants d’un officier détiennent un grand morceau du drapeau blanc.

L’association « Ceux de Verdun », garde des archives et objets des capitaines LE LAY, von HELLDORF et du journaliste.

Enfin, la famille LABROCHE détient le casque, le cor de chasse, les articles de presse ou Monsieur Georges LABROCHE, relate ces journées et surtout le clairon.

Ce clairon a été authentifié par un spécialiste mandaté par le musée de l’armée.

Nota : Les informations proviennent des interviews donnés par Monsieur LABROCHE en 1938 au journaliste Robert LEMAIRE pour le journal « L’Ancien Combattant » mais aussi des notes de Messieurs LE LAY et KIMMEL.

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